Energie et territoires audois : du bâti aux champs

SALLE_SEANCE_PLENIERE_2Conférence-débat du 5 décembre 2008 à Carcassonne
300 élus et professionnels audois réunis autour de l’enjeu énergétique
Les rencontres 2008 de Pôle Energies 11 se sont focalisées sur les techniques permettant des économies d’énergie dans le bâti, neuf et ancien, ainsi que deux filières : le bois énergie et le solaire. La question des centrales photovoltaïques a été abordée en fin de conférence. Quelque 300 personnes ont assisté à cette seconde édition.
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Pour la seconde fois consécutive, la conférence débat annuelle organisée par l’association Pôle Energies 11 a réuni quelque 300 élus locaux et professionnels audois. C’était le 5 décembre à Carcassonne, dans les locaux du Conseil général de l’Aude. En 2007, cette mobilisation avait été une surprise pour beaucoup ; cette fois, c’est une confirmation de l’intérêt des communes audoises et des agriculteurs, commerçants ou artisans, qui souhaitent développer de nouveaux marchés, ou bien baisser leur charge énergétique. D’ailleurs, autant les agriculteurs avaient été nettement majoritaires dans l’assistance en 2007, autant les publics étaient cette fois diversifiés.

Confirmation également de l’implication de Roland Courteau, président de Pôle Energies 11, sur ces thématiques. Sénateur membre de la commission énergie, il est aussi depuis debut décembre membre du Conseil Supérieur de l’Energie. Dans son discours d’ouverture, et malgré un bémol sur la concrétisation attendue de tous les points du Grenelle de l’Environnement, le sénateur audois a clairement indiqué à l’assemblée que tous les voyants étaient au vert pour engager des actions en faveur des économies d’énergie et pour les renouvelables : maintien du crédit d’impôt pour les particuliers au moins jusqu’en 2012, mise en place d’un prêt à taux zéro spécifique, maintien du principe du prix d’achat du kWh issu des énergies renouvelables…

Roland Courteau a ici reconnu que le petit éolien (moins de 36 kW), qui intéresse le monde rural audois et qui est soutenu par Pôle Energies 11, n’a toujours pas été identifié au niveau national. En tant que sénateur, il s’est engagé à poursuivre son action en faveur de cette filière, en demandant son exclusion du dispositif des Zones de Développement Eolien, imaginé pour le « grand », et la mise en œuvre d’un tarif d’achat spécifique à l’éolien de petite puissance.

Photovoltaïque : « choisir plutôt que subir »

Le sénateur audois a souligné son attachement à promouvoir des énergies à « haute qualité environnementale » : les renouvelables se doivent d’être exemplaires dans leur développement. Car la mise en œuvre de grandes unités d’énergies renouvelables ne va pas toujours sans heurts.

Panneaux_photovoltaiques_EspagneC’était le cas pour le « grand » » éolien au début des années 2000 ; c’est désormais la question des centrales photovoltaïques au sol (pour la production d’électricité). La conférence de Pôle Energies 11 a consacré une table ronde à la question, en mettant en valeur l’exemple de la communauté de communes Piémont d’Alaric (Capendu). Cette collectivité est la première du Languedoc-Roussillon à se doter d’une « charte d’aménagement » qui encadrera éolien et photovoltaïque. Pour les élus de cette intercommunalité, il s’agit « de choisir plutôt que subir » les entreprises spécialisées dans le photovoltaïque. Ces installations présentent l’inconvénient de consommer beaucoup d’espace : entre 5 et 6 ha pour 2 MW, soit la puissance moyenne d’une grande éolienne actuelle qui, elle, se voit de loin.

Jean-François Niveleau, pour l’ADEME, et Jérôme Bonavent, pour les services de l’Etat dans l’Aude, ont apporté leur soutien pour ce type de démarche collective guidée par l’intérêt général. Guy Giva, en tant que président de la Chambre d’agriculture de l’Aude, a appelé pour sa part à la prudence et calmé les attentes du monde viticole, qui voit parfois le développement du photovoltaïque comme une alternative à la crise : « attention aux sociétés qui proposent des solutions miracles ». Tout en rappelant son intérêt pour cette filière, en particulier pour l’intégration sur les toits de bâtiments agricoles, Guy Giva a insisté pour qu’on ne « gèle pas des terres fertiles », surtout au regard de l’augmentation de la population, qu’il va bien falloir nourrir.

Pour prendre un peu de recul sur ce sujet, la conférence a donné la parole à un paysagiste qui fait référence en matière d’études d’impact, Alain Quiot, lequel a donné des pistes pour développer les centrales photovoltaïques de façon qualitative.

Capteurs solaires : concilier patrimoine et renouvelables

Comment concilier capteurs solaires et patrimoine bâti ancien ? Là-aussi, les renouvelables ont un devoir d’exemplarité et une table ronde de la conférence avait pour objet de rapprocher des points de vue a priori opposés. Les exposés complémentaires de Soizick Le Goff, architecte des Bâtiments de France, et de Michel Aliaga, architecte conseil au CAUE de l’Aude, ont permis de présenter les enjeux paysagers et patrimoniaux tout en dégageant des pistes d’intégration.

Richard Loyen, délégué général d’Enerplan (structure représentant la filière solaire en France) et Bruno Bronquart, en tant que représentant de l’artisanat audois, ont esquissé eux-aussi des propositions tout en faisant part de leurs difficultés sur le terrain. L’échange, parfois vif, a permis de poser les bases d’un travail de fond entre services de l’Etat et professionnels, avec l’appui du CAUE.

Bois énergie : le décollage

bois-energie-filiere-audoiseLa chaleur d’origine renouvelable est à l’honneur au niveau national avec les conclusions du Grenelle de l’Environnement. Elle l’est aussi dans l’Aude à travers le développement de la filière bois énergie. Lors de la conférence, Roger Rosich, élu du Conseil général, a fait un point d’étape de son plan départemental en la matière : le soutien technique et financier que le Département apporte aux communes a favorisé la mise en œuvre des premières chaudières collectives à plaquettes ; une dizaine de projets sont en cours d’expertise ou de réalisations.

Les communautés de communes du Haut-Cabardès et du Haut-Minervois, par la voie de Francis Bels, ont exposé leur offre en matière de plaquettes forestières à travers la société d’économie mixte qu’ils viennent de créer. Yves Cesson, directeur de la SAAHLM a donné le cas concret de la chaudière de Grazailles, à Carcassonne.

Matériaux écologiques : pour une baisse des prix

La question des économies d’énergie a été vue à l’échelle territoriale avec les études de Pôle Energies 11 (sur Castelnaudary, Pennautier et Narbonne) et du Parc Naturel Régional de la Narbonnaise en Méditerranée. La maîtrise de l’énergie a surtout été vue à travers des cas concrets lors d’ateliers techniques. Celui consacré à la réhabilitation performante dans l’ancien a attiré le plus de public.

Beaucoup de projets ou réalisations étudiés dans ces ateliers ont eu recours à des éco-matériaux. Différents intervenants (artisans, architectes ou bailleurs publics) ont pointé la nécessité d’avoir des prix de matériaux écologiques plus bas afin de développer ces marchés de façon significative. Il est en effet étonnant de voir des tarifs dans l’Aude de 20 à 50 % plus élevés qu’en Allemagne… Voilà pourquoi l’idée de coopérative artisanale « éco-construction » promue par le Pays Corbières-Minervois et la CAPEB, a intéressé le public de la conférence. Autant d’initiatives locales et de pistes de développement économique dont Pôle Energies 11 rendra compte, notamment lors des prochaines rencontres 2009.