Transition énergétique : une opportunité pour les territoires audois

Intervention Président A. Viola lors du colloque du 27/06

Les énergies renouvelables représentent bien une opportunité pour les territoires audois : l’éolien, le solaire et le bois énergie sont de puissants leviers pour l’économie du département.
C’est le premier message délivré vendredi 27 juin 2014 par le président du Conseil Général de l’Aude, André Viola, en ouverture du colloque co-organisé par Pôle Energies 11 avec le Syndicat d’Energie et le CAUE, avec le soutien de l’ADEME.
Le second message est tout aussi important : pour que le développement de ces énergies ne se fasse pas n’importe comment, et pas au détriment de l’agriculture ou du tourisme, les acteurs du département, réunis derrière le Syaden, se dotent d’une stratégie pour « prendre la main ».Cette stratégie peut se résumer ainsi :
-un travail de planification sera lancé dans les prochains mois avec des moyens humains dédiés
-il s’appuiera sur un diagnostic préalable, à l’échelle des territoires et notamment des intercommunalités, avec la recherche d’une implication de celles-ci et des représentants professionnels, notamment du monde agricole
-en parallèle, une assistance des collectivités sera proposée à l’échelle des projets en énergies renouvelables, pouvant aller jusqu’à une aide dans l’investissement local.

Exemples de Bretagne et de la Nièvre

Les résultats potentiels de cette nouvelle stratégie ont été illustrés par deux exemples de territoires pionniers au niveau français :

– la communauté de communes du Mené

Cette modeste collectivité bretonne de 6 000 habitants s’est lancée au début des années 2000 le défi d’être un « territoire à énergie positive » : une politique visionnaire. Aujourd’hui, environ 30 % de son énergie est déjà produite sur place par des renouvelables : unité de méthanisation, huilerie, parc éolien citoyen… Environ 27 millions d’euros ont été investis localement, avec des « retours » financiers pour la collectivité et les administrés qui ont mis de l’argent dans ces équipements : « il n’y aurait pas eu d’éolien chez nous sans cette forme là ; on n’aime pas se faire imposer des choses de l’extérieur », a indiqué Jacky Aignel, agriculteur et président de cette intercommunalité bretonne.

– le département de la Nièvre 


À travers le syndicat départemental d’énergie, la Nièvre a d’abord valorisé son gisement de bois énergie : une régie a été créée, qui gère aujourd’hui 13 réseaux de chaleur totalisant 5,4 MW « thermiques ». Les objectifs sont de multiplier ce chiffre par 5 et faire que chaque bourg de taille moyenne ait son réseau de chaleur au bois. Plus récemment, le syndicat a investi le champ de l’éolien. Il a d’abord planifié le développement de cette filière tout en créant une société d’économie mixte en 2012. La SEM associe collectivités, entreprises et citoyens. Elle développe parcs éoliens « en propre » ou en co-développement. L’objectif est pour le syndicat est de gérer à terme directement 30 % du potentiel éolien de la Nièvre, soit environ 80 MW (une quarantaine de grandes éoliennes). Le revenu généré est réinvesti en partie dans la lutte contre la précarité énergétique.

L’Aude engage des projets EnR « participatifs »

Voilà des exemples que l’Aude souhaite suivre.
Patrick Issaly, président de Pôle Energies 11, a d’ailleurs mis en avant le projet de Parc coopératif des énergies de Narbonne, qui correspond bien à l’initiative bretonne. Il s’agit ici de valoriser une quarantaine d’hectares de terre situées dans la zone Seveso de l’usine Areva (ex Comurhex), à travers un parc multi-énergies : une centrale solaire de 12 MWc comme locomotive économique, et de la biomasse intégrée ; taillis courte rotation notamment, pour lesquels la Chambre d’agriculture a lancé sur ce même terrain la première expérimentation dans l’Aude. S’il se concrétise, ce Parc démontrera qu’un territoire audois peut « piloter » des projets d’infrastructure renouvelable représentant plusieurs millions d’euros d’investissements, en associant le tissus socio-économique local et les investisseurs « classiques »… Car si Pôle Energies 11 a joué un rôle de précurseur depuis 4 ans, la communauté du Grand Narbonne et le Syndicat Audois d’Energie jouent aujourd’hui un rôle moteur dans ce projet.

Les services de l’Etat, à travers la DDTM, ont manifesté leur intérêt pour ce type de démarches, qui peuvent permettre d’atteindre les objectifs du schéma régional climat air énergie (SRCAE) dans un esprit relativement apaisé. Frédéric Guillot, directeur régional de l’ADEME, a pour sa part réaffirmé  sa volonté d’accompagner les territoires audois à travers ses outils techniques ou financiers, comme le récent appel à projet sur l’investissement « participatif » dans les énergies renouvelables, pour lequel l’Aude s’est distinguée par le nombre de dossiers déposés.

Pierre Radanne et Roland Courteau : les enjeux économiques ont rejoint l’enjeu climatique

Comme l’ont indiqué au début du colloque les deux intervenants de marque, l’ancien président de l’Ademe Pierre Radanne et le sénateur Roland Courteau, les enjeux économiques viennent renforcer aujourd’hui l’enjeu de la lutte contre le dérèglement climatique. Faire baisser la dépendance énergétique et récupérer une partie des 60 milliards que la France dépense chaque année en achat d’hydrocarbures sont devenus un impératif. Roland Courteau insiste sur le potentiel du bois énergie et du biogaz, notamment. Parallèlement, un effort collectif mondial doit s’exercer sans tarder dans la baisse des émissions de gaz à effet de serre… sinon l’emballement du climat mettra l’espèce humaine en danger.
Pierre Radanne souligne que cette nécessaire solidarité mondiale constitue une « première » dans l’histoire de l’humanité (*). Roland Courteau relève de son côté l’impact redouté dans l’Aude d’ici la fin du siècle : une disparition des étangs du Narbonnais avec la hausse prévisible d’1 mètre du niveau de la mer ; un climat subsaharien avec des températures moyennes supérieures à celles de l’Andalousie et des précipitations divisées quasiment par deux affectant gravement l’agriculture…
Au-delà des négociations internationales qui vont se jouer en 2015 à Paris lors de la « conférence climat », nous avons la capacité d’agir sans plus tarder dans l’Aude, en valorisant notre formidable potentiel d’énergies renouvelables… et avoir ainsi un levier économique pour créer des emplois aujourd’hui, et amortir demain la hausse prévisible du coût des énergies.

* Nous conseillons à ce sujet la lecture de l’ouvrage de l’Américain Jared Diamond, « Effondrements » (ed. Gallimard), qui illustre comment des civilisations du passé ou des nations actuelles ont pu s’organiser pour surmonter des périls environnementaux… ou ont disparu.

A télécharger :

Présentation de Pierre Radanne

Présentation de la Communauté de Communes du Mené

Présentation du Syndicat de la Nièvre SIEEEN

Présentation du Syndicat Audois d’Energies SYADEN

Présentation de la DDTM