
Le petit éolien a de l’avenir… À condition de le doter d’un cadre règlementaire qui lui donne une faisabilité économique et favorise de bonnes installations… à plus de 12 mètres. Sinon, les contre-références vont se multiplier et la filière risque d’être « tuée dans l’œuf ».
C’est le grand message de l’atelier qui s’est tenu en mai 2010 à Perpignan lors de la conférence internationale Derbi. Avec ses intervenants de choix, il fera date en France sur le sujet du petit éolien. Organisé et animé par Pôle Energies 11, l’atelier a permis de faire un point objectif sur l’état de la filière au niveau national et au niveau mondial.
Paul Gipe, consultant américain qui fait référence en matière d’énergie éolienne (son « Grand livre de l’éolien » est publié en France par les éditions du Moniteur) a secoué l’auditoire avec une intervention choc sur les risques à laisser se développer une filière sans démarche qualité : peu de production d’énergie, beaucoup d’argent dépensé en pure perte (sauf pour les « charlatans »), risques d’accidents… La défense du petit éolien ne doit pas être pour lui un prétexte pour mieux taper sur le « grand » mais doit trouver sa place, même modeste, dans le mix énergétique. Les exemples américains montrent qu’une rentabilité est possible aux alentours de à 0,3 à 0,4 $/kWh (pour un bon site à 6m/s).
Alex Murley, représentant de la British Wind Energy Association (l’équivalent de notre Fédération de l’Energie Eolienne), a présenté de son côté un état des lieux plutôt positif de la filière en Grande-Bretagne, où elle représente déjà près de 2 000 emplois. Le démarrage s’est produit en 2006 avec la mise en place de tarifs d’achats spécifiques par gamme de puissance. Mais le réel décollage a lieu en ce moment même avec la mise en œuvre d’une nouvelle tarification pour la production d’origine domestique : la « clean energy cashbacks ».
Le clean energy cashbacks : consommer moins pour vendre plus… de kWh
C’est un système vertueux qui incite chaque ménage équipé à moins consommer d’électricité pour mieux valoriser la production de son éolienne ; un « consommer moins pour gagner plus » en quelque sorte… Fin 2009, il y avait 28,7 MW de puissance installée en petit éolien en Grande-Bretagne pour une production de 35,8 GWh. Cette information nous montre au passage que dans le pays le plus venté d’Europe, sur un volume significatif, la production est donc de 1 250 kWh/kW installé en petit éolien. Cette moyenne cache d’énormes disparités. Ainsi, les Anglais avaient largement développé les éoliennes sur les maisons jusqu’en 2007. Devant les très faibles productions et les nuisances enregistrées, ils font désormais machine arrière.
Ce discours a été également porté au niveau français par Jay Hudnall, installateur de petites machines avec son entreprise « Ti’Eole » :
une éolienne ne doit pas être placée sur une maison car elle produira au mieux 30 % de son potentiel,
une machine placée sur un mât de 24 m produira en moyenne deux fois plus d’électricité que la même placée à 12 m
attention aux courbes de puissance irréalistes, notamment pour les machines à axe vertical…
Ce dernier point a été abordé par Philippe Brulé, dont le bureau d’étude audois EnR 11 coordonne le Site d’Essai Expérimental du Petit Eolien de Narbonne (SEPEN) : les machines à axe vertical, à l’épreuve des tests en situation réelle, présentent des productions plutôt modestes au regard de leur potentiel théorique. Mais peut-être les recherches effectuées sur ces machines parviendront à améliorer leur bilan énergétique.
C’est le pari fait par la société d’Alès Verteole, qui a présenté sa gamme de machines en développement et, pour certaines, en début de commercialisation. Son gérant, Patrick Chevallier, estime aussi que ce type d’éoliennes peut trouver un écho auprès de client autant intéressé par l’énergie que par un effet artistique ou marketing… Au moins, les choses sont claires.
Paul Gipe-Derbi
Alex Murley-BWEA-Derbi
Jay Hudnall-Derbi
Philippe Brulé-SEPEN-Derbi
Philippe Brulé-exemple breton-Derbi
Patrick Chevallier-Verteole-Derbi